Grâce au cofinancement du Fonds social européen plus (FSE+) et des autorités publiques, le projet « Dynamo » de l'asbl La Teignouse propose une approche sur-mesure, humaine et collective pour guider pas à pas ces adultes de demain, souvent blessés par les systèmes traditionnels. Rencontre avec la directrice, Patricia Lepiece, au cœur d'une action sociale de terrain qui refuse l'exclusion.
Dans le jargon social, le mot « Dynamo » n’a pas été choisi au hasard. Il évoque l’énergie, l'étincelle nécessaire pour relancer une mécanique parfois grippée. Porté par l’équipe, ce projet est né d’un constat alarmant sur le terrain : de plus en plus de jeunes se retrouvaient en situation de décrochage, invisibilisés et cloîtrés chez eux.
« Ce sont des jeunes qui ont parfois été blessés par le cadre scolaire, pour qui les premiers stages se sont mal passés et qui ne croient plus en rien », explique Patricia Lepiece. Face à la rigidité des institutions classiques, Dynamo offre un luxe devenu rare : le temps. Ici, le parcours n'est pas linéaire, il n'y a pas de sanction et la porte reste toujours ouverte.
Retrouver le sens de l'utilité sur un chantier participatif
Le cœur de la méthode Dynamo repose sur des actions concrètes et collectives, notamment à travers des chantiers participatifs. Encadrés et soutenus par une personne extérieure à la structure sociale, les jeunes se voient confier des missions au service de la collectivité : rénover des locaux d'une maison de jeunes, construire une yourte pour une association, redessiner les espaces de jeux d'une école ou encore prêter main-forte après les inondations.
Ces chantiers agissent comme un véritable déclic . Non seulement les jeunes voient le résultat tangible de leurs efforts au fil des jours, mais ils se sentent investis d'une responsabilité valorisante. Pour beaucoup, c'est une grande première. L'impact sur l'estime de soi est immédiat. « L'année dernière, un jeune qui avait travaillé en maçonnerie sur un chantier nous a dit : "C’est la première fois qu'on me félicite et qu'on me dit merci". Cela l'a complètement aidé à se projeter », confie la directrice.
La puissance du collectif
Au-delà de l'effort physique, la force du projet réside dans le profond travail de cohésion de groupe qui s'y déploie au quotidien. Pour ces participants habitués à l'isolement ou au rejet, l'aventure Dynamo devient un espace où ils découvrent, ou redécouvrent, qu'ils ont une place légitime et importante au milieu des autres. Les éducateurs veillent activement à ce sentiment d'appartenance. Par exemple, lorsqu’un jeune est absent et revient le lendemain, l'équipe et ses pairs lui font remarquer qu’il a manqué au collectif et que son absence s'est faite sentir. Cette reconnaissance inconditionnelle transforme leur perception d'eux-mêmes. Ils ne sont plus des individualités transparentes ou invisibles, mais les maillons essentiels d'un collectif où chacun compte.
Un accompagnement global pour lever les freins
Au-delà de l'apprentissage manuel et relationnel, ces chantiers permettent aux travailleurs sociaux d'observer les habiletés sociales des participants et de déceler les problématiques sous-jacentes. Celles-ci sont ensuite abordées lors d'ateliers collectifs thématiques : assuétudes, gestion d'un logement ou encore d’un budget. Pour cela, la Teignouse bénéficie d’un réseau interne très réactif qui permet d’activer des relais d'aide presque instantanément.
Une étape importante du projet est de proposer aux jeunes un stage de trois semaines en entreprise pour les confronter à la réalité du monde du travail. Mais là encore, pas question de les « envoyer au casse-pipe ». Tout est balisé en amont avec un travailleur social référent : la gestion du budget transport, la préparation de l'itinéraire et même les codes de communication avec l'employeur. Et si le stage échoue ? Ce n'est pas grave. Le projet Dynamo ne s'arrête pas à un échec. L'équipe reprend le travail là où il s'est arrêté pour éviter que le jeune ne plonge plus bas.
La force invisible de « l’accrochage »
Ce qui fait la spécificité et la réussite de ce projet, c'est le travail d'accrochage réalisé par les équipes. Quand un jeune ne se lève pas, les éducateurs n'hésitent pas à aller le chercher ou à maintenir un lien constant.
Lionel Renard, coordinateur de l’inclusion sociale au sein de l’asbl, cite l'exemple d'un participant disparu des radars pendant un mois et demi : « Chaque veille d'activité, le travailleur continuait à lui envoyer un SMS. Quand il est revenu de lui-même, il nous a dit que le simple fait de recevoir ces messages lui prouvait que quelqu'un, quelque part, comptait encore sur lui. »
En réinjectant de la solidarité, de la bienveillance et du lien social au sein du groupe, Dynamo réussit le pari de la resociabilisation durable. Certains finissent par décrocher un emploi ou s'ouvrir à une formation, mais au-delà des chiffres, c'est l'autonomie et la dignité retrouvées qui importent. En zone rurale, recréer un réseau de confiance reste le meilleur tremplin vers l'avenir.
Interrogée sur le message que laissent les quelque 40 jeunes accueillis chaque année après leur passage, Patricia Lepiece résume tout le sens de leur engagement en une formule percutante : « Ils nous disent : "On est là, et on est capables de quelque chose" ».
Parce que c'est ça, la vie En Mieux!

